Le Soft Power africain, une puissance douce en construction

Le soft power est un concept proposé en 1990 par Joseph Nye, professeur à l’université de Harvard, décrivant la capacité d’influence d’un État par des moyens « doux » — culturels, idéologiques ou spirituels — par opposition à la force armée ou économique (le hard power). La diplomatie, les alliances, l’attractivité de la culture, la diffusion de l’éducation ou le rayonnement d’un modèle de valeurs en constituent les principaux vecteurs.

En 2017, la France est devenue la première nation du classement « Soft Power 30 », détrônant les États-Unis. Presque toutes les grandes puissances s’y sont mises — États-Unis, Chine, Russie. Mais où se trouve l’Afrique et ses 54 pays dans cette bataille de l’influence ?

Le cas du Maroc

Le Royaume du Maroc offre une illustration frappante de cette diplomatie d’influence. Depuis deux décennies, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, la diplomatie marocaine a opéré une profonde mutation articulée autour de la constance dans les positions et la lucidité dans l’approche.

Fidèle à son ancrage africain, le Maroc a décidé dès 2000 d’annuler la dette des pays les moins avancés envers lui. Les exportations du pays vers le continent ont progressé de 13 % en moyenne annuelle, portées par plus de 46 visites royales dans 25 pays africains et près d’un millier d’accords conclus. Résultat : le Royaume est aujourd’hui le premier investisseur africain en Afrique de l’Ouest et le deuxième investisseur africain sur tout le continent.

Cette stratégie s’est accompagnée d’une diversification des partenariats — Espagne, France, Union européenne, États-Unis, Russie, Chine — sans jamais renier son ancrage continental. « Le Maroc est un arbre dont les racines sont ancrées en Afrique mais qui respire par ses feuilles en Europe », disait déjà le Roi Hassan II en 1986.

Nollywood, un autre visage du soft power

L’industrie cinématographique nigériane illustre une autre facette de cette puissance douce. Née dans les rues de Lagos durant les années 80, Nollywood est devenue dès 2009 le deuxième producteur de films au monde après Bollywood — et devant Hollywood — avec plus de 2000 films produits chaque année. Une industrie née de la débrouille, devenue un vecteur culturel majeur.

Un pouvoir encore à affirmer

Le soft power africain reste largement à construire à l’échelle continentale, porté par une nouvelle génération d’intellectuels, d’entrepreneurs et de créateurs, sur le continent comme dans la diaspora.