Consultant en développement et analyses stratégiques, Mohamed Zoghlami est spécialisé dans les industries culturelles et créatives en Afrique. Il accompagne depuis plusieurs années les réflexions consacrées à la transformation numérique, à l’innovation, à la culture et au développement du continent.
Cofondateur d’Afric’Up, sommet africain des startups, d’Africa in Colors, plateforme digitale et événement culturel africain, et de l’Africa Metaverse Museum, premier espace virtuel consacré au patrimoine, à la culture, à l’éducation et au jeu en Afrique, il défend une vision ambitieuse de la souveraineté culturelle africaine.
Président d’honneur du Centre Africain de Veille et d’Intelligence Économique et vice-président de l’Agence francophone d’intelligence artificielle, Mohamed Zoghlami a également travaillé auprès d’institutions européennes et dirigé des activités de conseil en développement et coopération avec plusieurs pays émergents, notamment en Méditerranée et en Afrique.
Les industries créatives, un secteur stratégique
Pour Mohamed Zoghlami, les industries culturelles et créatives ne doivent plus être présentées comme un simple « secteur d’avenir ». Elles constituent déjà un puissant levier de transformation économique, sociale et culturelle.
Cinéma, musique, jeux vidéo, animation, design, mode, édition, réalité virtuelle et création numérique génèrent des revenus, créent des emplois et permettent à de nouveaux talents d’émerger.
Le succès de Nollywood, le développement du jeu vidéo africain et la croissance des plateformes numériques montrent que la demande existe. Le continent dispose de récits, de talents et d’un patrimoine capables de nourrir des productions destinées aussi bien aux marchés locaux qu’internationaux.
Une économie de la profondeur
Au-delà des chiffres, les industries créatives participent à ce que Mohamed Zoghlami présente comme une « économie de la profondeur ». Elles produisent simultanément de la richesse, des emplois, de l’identité et de la fierté.
Cette économie s’appuie sur une jeunesse nombreuse, inventive et connectée. Elle permet de transformer les imaginaires, de valoriser les langues, les symboles et les patrimoines tout en développant de nouvelles activités commerciales.
Les industries créatives répondent également à un enjeu démographique majeur. Aucun autre secteur ne semble pouvoir offrir, à une telle échelle, autant de perspectives professionnelles aux nouvelles générations africaines.
Produire ses propres imaginaires
Les industries culturelles et créatives remplissent une fonction essentielle : permettre aux populations africaines de se reconnaître dans les récits qui leur sont proposés.
Lorsqu’un jeune découvre, dans un film, un jeu vidéo ou une bande dessinée, des personnages qui lui ressemblent, portent ses codes et évoluent dans des paysages familiers, il développe une relation différente avec sa propre culture.
Cette reconnaissance nourrit la confiance, renforce la cohésion sociale et peut également produire de la valeur économique. Elle favorise une demande locale pour des contenus conçus sur le continent et adaptés à ses publics.
L’enjeu consiste donc à soutenir les auteurs, les artistes, les studios, les éditeurs, les producteurs et les entrepreneurs créatifs afin qu’ils puissent structurer leurs activités et accéder aux marchés.
Préserver la souveraineté culturelle
Pour Mohamed Zoghlami, les industries créatives sont aussi un instrument de souveraineté. Elles permettent à l’Afrique de raconter elle-même son histoire, de protéger son patrimoine immatériel et de transmettre ses valeurs selon ses propres perspectives.
Cette souveraineté passe par la formation, le financement, la protection de la propriété intellectuelle et le développement d’infrastructures adaptées. Elle suppose également de mieux accompagner la production et la distribution des œuvres africaines.
Le continent possède l’un des plus importants réservoirs de récits, de talents et d’imaginaires au monde. Pourtant, il reste encore insuffisamment représenté dans les grandes chaînes de valeur mondiales de la culture.
Corriger cette situation est à la fois une nécessité économique et une exigence symbolique.
Faire des ICC un moteur du développement africain
Le développement des industries culturelles et créatives nécessite une mobilisation coordonnée des pouvoirs publics, des investisseurs, des institutions financières, des entreprises technologiques et des acteurs culturels.
Il ne suffit plus de célébrer ponctuellement les talents. Il faut créer des écosystèmes durables, capables de financer les projets, de professionnaliser les métiers, de protéger les créations et de faciliter leur circulation.
La vision portée par Mohamed Zoghlami invite ainsi l’Afrique à considérer la culture non comme une dépense secondaire, mais comme une ressource stratégique. Une ressource capable de générer des emplois, de renforcer la souveraineté du continent et de faire rayonner ses imaginaires dans le monde.
